HISTORIQUE - Une chapelle à double entrée
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UNE CHAPELLE A DOUBLE ENTRÉE

Une fois son pouvoir bien assis par la journée des Dupes en 1630, Richelieu ne révisa pas l'architecture du collège, mais conçut pour la chapelle un projet autrement grandiose.
Occupant cette fois le haut du terrain - c'est-à-dire l'emplacement du collège de Calvi -, elle ne serait plus le centre du collège, désormais disposé autour d'une seule cour, mais de tout un nouveau quartier ; chapelle collégiale, elle serait en même temps, tout entière, la chapelle funéraire du cardinal. Les travaux, sur des plans de Jacques Le Mercier, furent conduits par le maçon Jean Thiriot de 1635 à 1642, à la mort de Richelieu, puis achevés non sans mal par la duchesse d'Aiguillon, son exécutrice testamentaire.

Le collège en avait imposé aux Parisiens ; par sa romanité affirmée, la nouvelle chapelle conquit d'emblée les visiteurs : elle élevait en effet dans le ciel de Paris l'une des toutes premières coupoles - la deuxième en fait, presque contemporaine de celle de Saint-Paul-Saint-Louis des jésuites, mais combien plus romaine ! - et commandait de nouvelles perspectives urbaines avec la place qui servait d'avant-scène à sa façade principale, la rue percée dans son axe, le jardin qui (au prix de quelques maisons abattues) dégageait son flanc sud. Ses deux façades évoquaient respectivement l'ancienne et la nouvelle Rome : sur la place, c'était l'église du Gesù; sur la cour, la colonnade du Panthéon. Quant au plan, Le Mercier reprenait celui de San Carlo ai Catinari, qu'il avait vu construire à Rome vers 1612.

Fort de ces prestigieuses références, l'architecte n'en avait pas moins su donner à sa chapelle une qualité indiscutablement française par la mesure, la sobriété, la perfection des joints entre les pierres qui constituent presque tout l'ornement intérieur.La Sorbonne influencera profondément l'architecture religieuse parisienne du XVIIe siècle, du Val-de-Grâce voisin où intervint aussi Le Mercier - avec sa composition urbaine presque identique - jusqu'aux Invalides, en passsant par le collège des Quatre-Nations fondé sur son modèle, par Mazarin.Les deux façades ordonnent les axes. Sur la nouvelle place, c'est une sobre composition à deux niveaux d'égale hauteur, dans l'esprit des façades italiennes de la Contre-Réforme, animée essentiellement par l'avant-corps central.

En bas, six colonnes corinthiennes portent un entablement ; au-dessus, des pilastres composites reçoivent un fronton allongé, aujourd'hui nu mais à l'origine sculpté aux armes de Richelieu.De délicates volutes amorties par des groupes sculptés (du XIXe siècle) relient pour l'oeil les deux niveaux, au-dessus des fenêtres latérales. Les niches placées de part et d'autre du portail et de la grande fenêtre ont reçu à la fin du siècle dernier des statues remplaçant celles de Simon Guillain et de Sylvain Berthelot détruites à la Révolution : on voit aujourd'hui Bossuet (par Barrias), Gerson, saint Thomas d'Aquin, Pierre Lombard.De même, dès la Restauration, les armes de Richelieu ont été restituées à l'emplacement de la grande fenêtre, au-dessus d'une horloge qu'encadrent la Science et la Vérité.

La façade nord, qui commande la cour d'honneur, était beaucoup plus originale et resta sans descendance en France jusqu'à l'époque néo-classique. C'est essentiellement un portique de dix colonnes corinthiennes, portant un fronton surmonté de statues (du siècle dernier : la Poésie, la Philosophie, la Théologie, la Science, la Religion, l'Éloquence). Au-dessus, la grande baie thermale et la toiture en pavillon du transept, puis la coupole en léger retrait, sont autant de volumes savamment étagés. Sur l'entablement du fronton, l'inscription latine célèbre le fondateur : ARMANDUS IOANNES CARD. DUX RICHELIUS SORBONAE PROVISOR AEDIFICAVIT TEMPLUM A. DOMINO MDCXLII ("Armand-Jean, cardinal et duc de Richelieu, proviseur de Sorbonne, a fait construire cette église en 1642").